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GENEVE: MEMOIRE COLLECTIVE DES SENIORS DE LA VILLE ET CANTON

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DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS, LA MÉMOIRE COLLECTIVE NOUS PERMET DE TRANSMETTRE DES IDÉES, DES INSPIRATIONS, DES CONVICTIONS, DES ESPOIRS, LA NOSTALGIE D’UN TEMPS MEILLEUR, DES EXEMPLES DE BRAVOURE, DES MYTHES, LE SAVOIR ET LE SOUVENIR DE LA JEUNESSE. ICI NOUS AVONS L’AMBITION DE VOUS SERVIR DE MÉMOIRE COLLECTIVE EN PUBLIANT VOS HISTOIRES: FORMULAIRE WEB DE CONTACT. (SELON VOTRE PRÉFÉRENCE, CES CONTRIBUTIONS SERONT ANONYMES OU NON).


PROJET WEB, PHOTOS, VIDEOS, & WEBMASTER: ARDAN MICHAEL BLUM


LE QUAI CHARLES PAGE
PAR JANINE PAYOT

Dans les années 1950, nous habitions, tout jeunes mariés, dans un immeuble du quai Charles Page, situé entre le pont Neuf et le pont des Acacias. A deux pas de chez nous se trouvaient les minoteries de Plainpalais. Souvent, très tôt le matin, des wagons, posés sur de longues remorques, venaient livrer les céréales au moulin. J’allais parfois acheter des fleurs chez l’horticulteur établi au pied de ce bâtiment jaune et mystérieux de l’extérieur.

Au début (1953), le quartier était tranquille et agréable. Nous longions souvent les quais ombragés de platanes. En revenant par le quai d’en face, celui du Cheval Blanc, nous passions d’un pont à l’autre. Nous nous arrêtions de temps à autre pour regarder les pêcheurs à la ligne portant des bottes jusqu’au haut des cuisses. Ils s’aventuraient loin dans l’eau glacée de la rivière. Ils recherchaient des ombres, un poisson de la famille des saumons qui a, je crois, disparu de ce cours d’eau depuis quelques années. Une intense végétation s’épanouissaient le long des berges restées naturelles, surtout de vénérables saules dont les graines légères s’envolaient et pénétraient dans les appartements. C’était une jolie promenade en toutes saisons. Après la fonte des neiges ou de fortes pluies, l’Arve se montrait très sombres et tumultueuse.

Puis une chute a été aménagée près du pont Neuf. C’était à la fois une attraction et une nuisance, car la nuit elle nous a empêché de dormir jusqu’à ce que nous soyons habitués à son vacarme.

Au mois de mars, le quai changeait d’aspect et devenait un extraordinaire parking à l’intention des visiteurs du Salon de l’Auto qui avait lieu au Palais des Expositions, encore installé à Plainpalais.

Du haut de notre 3 étage, nous regardions le ballet des voitures étincelantes, venant parfois de loin. Des planches étaient disposées contre le trottoir de sorte que les véhicules se parquaient en épis. Des gendarmes en képi surveillaient leur bon alignement. Nous étions fascinés. Peu de gens, autour de nous, possédaient une auto.

Dans notre immeuble, seul le chauffeur -l’homme qui s’occupait de notre chauffage -en possédait une. D’ailleurs, nous ne pensions pas, nous n’osions imaginer, en acheter une un jour. Nous n’allions pas visiter le Salon, il se trouvait-là, sous nos yeux. Les « belles américaines » commençaient à arriver, des gens élégants en sortaient. Nous passions des heures à les observer. Devant le Palais des expositions, un photographe prenait les passants en photo. (En noir et blanc naturellement) Nous en avons une sur laquelle nous avons l’air de deux gamins dans la foule des visiteurs. On peut voir qu’il pleuvait fort et faisait encore froid.

Lorsque nous avons déménagé, en 1958, la circulation était devenue bruyante. Il y avait surtout des motards qui pétaradaient à l’aube, réveillant ainsi tous les habitants.

Dans ces années 50-60, ma mère tenait un commerce de laine, lingerie, mercerie, justement près du Pont-Neuf, au début de la rue de Carouge. Je me souviens que, en même temps que la bonne odeur du pain cuit, des rumeurs parfois se répandaient tôt le matin depuis la boulangerie, passaient à l’épicerie, s’emplissaient chez le coiffeur, traversaient la chaussée, se chuchotaient chez la modiste entre deux essayages de chapeaux, se transmettaient chez le fourreur, la porte d’à côté Elles s’entendaient dans le tintamarre du garage, étaient l’objet des conversations dans les deux bistrots se faisant face et Noticeissaient lorsque midi carillonnait dans la boutique de maman. Ainsi, un certain matin, le bouche à oreilles nous apprit que les gendarmes sortaient un noyé de l’eau. Un pêcheur l’avait vu flotter dans les remous de l’Arve. L’émotion avait alors gagné toute la rue. Je ne parle que de cette rive, car la rivière établissait une frontière avec les gens de l’autre côté du pont. D’ailleurs, là-bas, c’était Carouge, et non pas Genève !!

Tout ceci pour vous dire que ce quartier de Plainpalais ressemblait étrangement à un village. La circulation se faisait dans les deux sens sur le quai, comme dans cette rue où le tram 12 passait bruyamment. Dans certains immeubles anciens, les salles de bains n’existaient pas et il fallait un chauffe-eau pour avoir de l’eau chaude. Le chauffage était au charbon. Il semble que je vous parle du temps de Mathusalem, pourtant je ne suis pas si âgée !


LE MOLARD
PAR MME. JANINE PAYOT

C’était en 1950 et c’était notre premier rendez-vous. Nous avions vingt ans, nous nous connaissions depuis une semaine. Je venais d’entrer dans la banque, et Jean y terminait son apprentissage. Nous étions dans le même bureau, dirigé par son oncle.

Donc, toute tremblante d’émotion – j’avais eu un véritable coup de foudre en le voyant ! – je me rends à 20h comme convenu, à la place du Molard.

Il y avait là un kiosque qui devait dater du début du 20 s., avec des décorations de fer forgé en volutes et une grande marquise incurvée sous laquelle on pouvait s’abriter de la pluie ou du soleil. On y vendait des journaux, des fruits, des bonbons. Il y avait une petite salle d’attente à l’intérieur, les trams se garaient sur la place le soir. C’était le lieu de rendez-vous par excellence, au coeur de la cité, sans doute le lieu le plus animé de Genève. J’ai toujours regretté que cet édifice ait disparu, il avait un charme désuet, un petit air parisien.

J’attendais avec impatience. Je me disais, «je n’aurais pas dû arriver la première » mais l’heure était déjà dépassée. Visiblement, il était en retard et cela me décevait. Mais je ne pouvais qu’attendre, en observant les passants, en regardant les trams verts et jaunes arriver et repartir, des passagers debout sur les plates-formes ouvertes. A force de rester là, à faire les cent pas, il me semblait que tout le monde me regardait bizarrement.

N’oubliez pas qu’à cette époque, les jeunes filles se montraient très timides ! Finalement, à 20h15, les larmes aux yeux, je me dis que le beau jeune homme m’a posé un lapin et je me décide à m’en aller. Je contourne le kiosque et que vois-je, à ma grande stupéfaction ? Jean faire les cent pas et regarder sa montre ! Il ‘impatientait là derrière depuis une demi-heure! Si le Molard est un lieu chargé de mémoire historique, il est resté pour nous dans la mémoire de notre coeur.

Cette année nous fêterons nos 50 ans de mariage et croyez-moi, nos rendez-vous sont toujours aussi aléatoires.


Interview et photos par Ardan Michael Blum pour le SITE WEB DES SENIORS A GENEVE


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NOUS CROISONS LES MUSIL 
PAR M. EDOUARD OPPLIGUER

Avril 1941. J’allais partir pour une longue « relève » au pied du Gothard. Nous profitions de mes derniers jours de liberté pour faire, le soir, une longue promenade dans ce qui était encore la pleine campagne entre Cologny, Vandoeuvres et Chêne. Jacqueline arrivait de Veyrier à vélo, puis nous nous mettions en route, à pied, et gagnions le Plateau de Frontenex. De là nous empruntions le chemin de la Gradelle, très étroit.

Tout au début, à droite, dans un chalet qui subsiste, la « Pouponnière de Grange-Canal » de notre enfance, ses nurses, confirmées ou apprenties, vêtues de bleu pâle. Elles nous étaient familières, car elles venaient régulièrement poster leurs lettres à la gare et ne dédaignaient pas un brin de flirt avec les jeunes douaniers.

En cet avril 1941, la pouponnière avait pris ses nouveaux quartiers à la route de Chêne, aux « Grangettes », première étape de la clinique actuelle.

Lieu de promenade, à deux pas de chez soi, auquel on peut rêver aujourd’hui : le soir tombe, le silence, une vraie odeur de campagne, le bouvier bernois d’une ferme proche nous accordant un bout de conduite.

Les promeneurs étaient rares; souvent, nous étions seuls d’un bout du chemin à l’autre. Or, un soir, nous vîmes venir à nous un autre couple, de l’âge de nos parents, à première vue. Selon le vieil usage campagnard, nous les avons salués. La femme nous sourit, l’homme souleva son chapeau. Le visage de celui-ci ne m’était pas inconnu.

Peu auparavant, je l’avais vu en grande conversation avec le Professeur Askenazy à la Salle des Abeille de l’Athénée, alors que nous attendions le conférencier invité de la « Société genevoise d’études allemandes ».

J’ignorais qui était l’interlocuteur du Professeur Askenazy, et je l’ignorerai long-temps. Je sus son nom, mais sans faire le rapprochement avec notre promeneur de la Gradelle, quand Claude Royme fit découvrir L’homme sans qualités. Une photo, quelques mots lus sur un séjour de Musil à Genève, m’alertèrent, mais je n’en tirai aucune certitude.

Ce fut, en 1981, lorsque parurent les Journaux que je reconnus les Musil dans ce couple de promeneurs. Le cahier 35 du deuxième volume est consacré au séjour forcé des Musil à Grange-Canal. Les « Grangettes » et la directrice d’alors y tiennent une place d’importance.

Je lis au hasard: « Derrière tout cela (Musil vient de décrire minutieusement son jardin), prise aujourd’hui dans une brume délicate, s’élève la Pouponnière d’ocre brun sous son toit de tuiles rouge noirâtre, flanquée de grands bouleaux et d’une sorte de cyprès ; une bâtisse solide … » «L’après-midi, nous avons fait un tour par le chemin de Grange Falquet, chemin de la Gradelle, chemin de Grange-Canal… » «Le soir de Noêl, passé 3/4 h à la Pouponnière. On avait débarrassé le fond du réfectoire. Les infirmières en bleu et en blanc étaient assises par terre. Chacune son poupon sur les bras. Tout autour de la salle, sur des rayons, des paquets qu’on distribua.

Un bel arbre. Un piano. Chants de Noèl. (…) Harmonie singulière entre les vagissements discrets des enfants, les rires et la lumière des bougies. Impression dominante, outre l’exotisme beaucoup de naturel en habit de fête, la fête d’une espèce particulière de famille.»

Le temps des foins venu, ces demoiselles fanaient. Il y avait encore des prairies le long de la route de Chêne. Le Plan Wahlen se développait, on labourait un peu partout (le Parc La Grange n’y échappa pas) ; par ailleurs, il ne fallait pas perdre un brin des prairies laissées en l’état. Musil note avec une minutie descriptive qui, dans les Journaux, l’apparente souvent à Georges Perec : « Plaisant tableau, au moment des foins dans le jardin : Barbara avec trois ou quatre jolies nurses. Blondes, et l’une noire. L’une en jupe-culotte très courte, pudique, et avec de belles jambes banales et les larges tendons au pli du genou ». Je me souviens de cette Noire. Sa première apparition devant la boîte aux lettres de la Gare des Eaux-Vives.

M’étant rendu l’autre jour à la clinique pour un examen, je passai un long moment au milieu du parking à reconstituer les Grangettes de Musil, les Grangettes de 1940, telles que je les ai connues aussi. Les pieds sur le sol goudronné, j’étais, en esprit, dans le pré fané par Barbara et les jeunes filles, car, selon mon estimation, c’était l’endroit où Musil pouvait les apercevoir de chez lui.

Les Grangettes. Oasis dans la traversée du désert que fut le séjour de Musil à Genève. Il y est mort le 15 avril 1942. Il ne fut pas soutenu comme il aurait pu, ou dû l’être, en particulier, me semble-t-il, par la « Société genevoise d’études allemandes » et son président que Musil, dans son journal, nomme « le petit pape ».


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A CAROUGE 
PAR M. BERNARD DETHURENS

Carouge, petite ville ou gros village? Le Carouge de notre enfance, dans les années 40, était un gros village et la rue de la Filature une petite rue populaire où les gens se connaissaient bien.

La vie sociale à travers l’école, les paroisses, les sociétés, était intense. Les soirées étaient réservées à toutes sortes d’activités remplacées depuis par la télévision. La rue de la Filature prenait son départ à la rue Jacques Dalphin, glissait en pente douce vers la rue Saint Victor avec son tram 12, puis traversait la rue Saint Joseph pour arriver à la rue Vautier.

Le Clos de la Filature, actuelle avenue Cardinal Mermillod était son prolongement et desservait une zone industrielle entre l’Arve et la rue de Veyrier.

Nous habitions un immeuble récent de trois étages qui contrastait avec les immeubles avoisinants de deux étages dans le style carougeois traditionnel. En face, la fabrique de cirages Mermod, à côté le marchand de charbon Trémège avec ses attelages de chevaux blancs, le Poids Public, café célèbre, qui, à l’époque, était quotidiennement utilisé pour peser toutes sortes de chargements. La Coop se trouvait en face du café, angle Filature et Saint Joseph.

Tout en haut de la rue, le serrurier Vincent faisait trembler les vitres du voisinage de ses coups de marteau. Sa forge flamboyait du matin au soir. De sa haute stature et de sa voix de stentor, Monsieur Vincent effrayait tous les gamins du coin. Et des gamins, il y en avait: “d’authentiques” carougeois, de nombreux fribourgeois et surtout des italiens qui apportaient à cette rue un petit air du Sud.

Le spectacle de la rue était permanent. Les ouvrières, les ouvriers se rendaient à leur travail au Clos de la Fonderie, à pied ou à vélo, avec leur gamelle du repas de midi. Les enfants jouaient au foot, aux billes, à la marelle, à “il-est”, le chat-perché carougeois. La circulation était inexistante. Quelques camions, des attelages venaient troubler la vie de la rue. Puis, peu à peu, les plus riches ont pu s’acheter une voiture. Les Vélosolex ont fait leur apparition.

En hiver, les souvenirs marquants sont l’abondance de la neige, les parties de luge et le passage du triangle qui nous permettait de patiner sur la neige dure. Quelques ivrognes apportaient leur contribution au folklore local ainsi que le rémouleur attendu de tous, le laitier qui livrait lait et beurre à l’étage, les musiciens ambulants à qui les enfants jetaient quelques sous emballés dans un morceau de papier.

En septembre, la Vogue de Carouge s’installait à la Place du Marché et à la Place du Temple. Depuis nos fenêtres, nous voyions les balançoires au-dessus des toits des maisons voisines au rythme des musiques mécaniques cent fois répétées jusqu’à une heure tardive.

Oui, la vie à la rue de la Filature nous semblait agréable alors qu’elle était bien difficile pour nos parents mais partagées par toute une communauté : Carouge.


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Interview par Ardan Michael Blum pour le SITE WEB DES SENIORS A GENEVE


« CIA OU KGB » 
PAR M. EDOUARD OPPLIGUER

La guerre froide s’installait, dans le flou que l’on constate généralement au début d’une situation nouvelle. Les positions n’étaient pas nettement tranchées,comme elles allaient l’être bientôt ; cela laissait une modeste marge de liberté aux individus. Ce printemps-là, il y avait, à l’ONU, une conférence sur la forêt, les sujets n’étant pas aussi délimités, et attribués aux diverses branches de l’organisation, qu’ils le sont de nos jours.

Tirant le diable par la queue, c’était fréquent à cette époque, nous avions été tout heureux que je décroche, en remplacement très momentané, une place de chauffeur du représentant de la Roumanie. Un homme de grande culture, passionné de Goethe – et je me vois encore, à Lucerne, le pilotant vers la maison où Goethe avait séjourné.

En quelques jours, je devins plus secrétaire que chauffeur, élaborant ses interventions à partir des notes qu’il me fournissait. Ma familiarité avec la forêt me fut bien utile – je devrais dire notre familiarité, car Jacqueline, en bonne Morclanne (Morclans, gens de Morcles), a aussi la forêt dans le sang, si je puis dire. Les délégations, comme il est de coutume, donnaient des réceptions à tour de rôle.

Nous voici donc, une fin d’après-midi, chez les Soviétiques, à l’avenue de la Paix. Un grand calme, peu de voitures à part celles des invités ; devant l’entrée un seul gendarme, dans l’uniforme gris bleu de l’époque, avec le haut képi. En haut le siège du CICR, en contrebas le Palais des Nations, au loin le Mont-Blanc rosissant peu à peu, encocher par le triangle sombre du Môle. J’étais là à deux titres. Président de « Travail et Culture », j’avais reçu une invitation, et chauffeur du délégué roumain. Situation ambiguë, qui, aujourd’hui, au moment où j’écris, me fait penser à Robert Walser. On raconte, mais ce serait à vérifier, qu’il lui arrivait de répondre à sa porte en valet de chambre, d’introduire le visiteur, de s’effacer, et de réapparaître en Robert Walser. Je circulais, bavardais en président, puis rejoignais mes confrères chauffeurs rassemblés derrière le bâtiment.

Un chauffeur des Soviétiques, qui avait été tankiste à Stalingrad, une énorme boîte de caviar à sa portée, posée sur un rebord de fenêtre, le servait à la louche aux collègues. Il proposait, pour l’accompagner, des rasades de Chianti, dont il raffolait! La conversation en une mixture de français, d’allemand, d’anglais, de russe n’était pas triste. Et pour moi, vision très terre à terre mais significative, la guerre froide prit tous ses effets quand les chauffeurs des camps opposés, sur ordre, ne s’adressèrent plus la parole.

Ce serait l’occasion d’étudier le mécanisme de la pression psychologique. Cela m’entraînerait trop loin, et nous en retrouverons quelques éléments. Réapparition en président de l’autre côté. On s’y amusait moins, naturellement. Mais si l’ambiance n’était pas chaleureuse comme chez les chauffeurs, elle n’était pas froide et gourmée comme elle allait le devenir bientôt.

Une belle jeune femme blonde, très élégante, tout en noir, robe ajustée et chapeau aux larges ailes, en bref Hadley Chase d’allure, était le centre d’un cercle d’admirateurs éclaboussés et charmés par la cascade de son rire. Ce milieu est très cancanier, peut-être le plus cancanier que j’aie connu depuis ma paroisse des Eaux-Vives. Les commentaires chuchotés allaient bon train.

Qui était-elle ?

D’où venait elle? Une simple resquilleuse peut-être ? – il y en avait toujours en ce temps, le contrôle, à l’entrée, était lâche. Une hypothèse finit par courir chez les plus avertis, ou se croyant tels : une fille de la CIA d’un côté ; une fille du KGB de l’autre.

L’une ou l’autre ?

Ou ni l’une ni l’autre ?

Ou les deux ?

J’entends encore ce rire en cascade, alors que le Mont-Blanc vire du rose au mauve. Si je me souviens de cette rieuse blonde, c’est, sans doute, que les femmes étaient rares dans ces réunions : quelques épouses, deux ou trois jolies secrétaires… On était encore en période qu’on appellera plus tard « macho ». A-t-elle vraiment disparu?

Et je revois une scène, à Berne, au cours d’une autre réception. Assemblée essentiellement masculine, Max Petitpierre, le Conseiller fédéral, très entouré ; à l’arrière-plan, l’épouse de l’ambassadeur de Chine, dans une robe somptueuse, ce n’était pas encore le temps du bleu de chauffe, et Jacqueline, assises de part et d’autre d’un coffre, absorbées dans une partie de dominos.


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Interview par Ardan Michael Blum pour le SITE WEB DES SENIORS A GENEVE


CAROUGE 
PAR MME. MICHELLE DETHUREN

Je suis née à la rue de la Filature en 1943 et j’y ai vécu jusqu’en 1965. Je garde de mon enfance dans ce quartier un souvenir où jeux et rue ne faisaient qu’un. « Est-ce que je peux aller jouer? » signifiait implicitement « dans la rue » où tous les enfants se retrouvaient.

Beaucoup de nos jeux, marelle, saut à la corde, se jouaient sur le trottoir, mais d’autres jeux, comme les jeux de ballon se jouaient dans la rue et je n’ai aucun souvenir de peur des voitures ou de recommandations qui nous auraient été faites à leur sujet.

Je me souviens d’un hiver où il avait suffisamment neigé pour que nous puissions glisser en luge dans la partie supérieure de la rue (située entre la rue Jacques Dalphin et la rue Saint Victor) sur une pente à peine digne de ce nom. Je me revois aussi glisser dans la rue sur mes patins à glace sur une neige verglacée.

Il m’est difficile de dater précisément ces souvenirs. Ils sont probablement antérieurs à 1953. C’était une période où notre père qui était livreur garait sa camionnette devant l’entrée de notre immeuble quand il rentrait à la maison pour manger à midi. Il n’y avait aucun problème de stationnement car très peu de gens possédaient une voiture.

La rue de la Filature était habitée par des gens modestes. Jusqu’à mes 20 ans en 1963 j’ai entendu les mêmes plaisanteries quand je disais que j’habitais à Carouge. Une des plaisanteries classiques était de nous demander si nous avions un passeport car il y avait tellement d’ouvriers étrangers saisonniers à Carouge qu’on considérait que l’on quittait la Suisse en traversant I’Arve. Ces saisonniers me fascinaient. Ne disait on pas qu’ils habitaient à 8 ou 10 dans des appartements vétustes et sans aucun confort ? Je tentais, depuis la fenêtre de notre appartement de distinguer ce qui se passait dans l’immeuble d’en face qui en abritait beaucoup.

Au bas de la rue de la Filature, il y avait un commerce de charbon appartenant à la famille Trémège. Les livraisons de charbon se faisaient avec une charrette tirée par un cheval. Est-ce le noir du charbon ? Est-ce parce que le bas de la rue de la Filature nous semblait plus sombre, est-ce autre chose ? Je ne sais pas mais je me souviens du sentiment de peur que nous inspirait le bas (c’est-à-dire la partie qui est contre la rue Vautier) de la rue. Nous n’allions jamais jouer « si bas » et les enfants qui y habitaient venaient jouer avec nous, une cinquantaine de mètres plus haut à la hauteur de l’usine de cirages Mermod dont l’enseigne en grosses majuscules dorées appliquées sur la façade servait de cible à nos jeux de balle.

Un peu plus haut, à l’angle de la rue Saint Joseph, il y avait, il y a encore, le café du Poids Public. Poids public fonctionnel puisque venaient s’y faire peser toutes sortes de véhicules mais aussi chevaux et taureaux lors des marchés annuels qui avaient lieu à la place du Marché. II y avait, le long de la façade de la maison du Poids Public des anneaux de fer auxquels on attachait les bêtes.

Le Poids Public était un café très animé et très souvent, surtout les nuits de samedi à dimanche, des cris réveillaient nos parents qui s’émerveillaient que leurs enfants aient pu ne pas se réveiller malgré le bruit terrible dont ils se plaignaient.

A l’angle opposé, là où il y a maint un solarium, il y avait une poissonnerie. Directement en face, il y avait un magasin de meubles d’occasion. Non, pas un antiquaire. Mais un magasin qui vendait des meubles très simples et bon marché. Un peu plus haut, là où il y a maintenant une arcade dont les activités sont en relation avec l’immobilier, il y avait une épicerie.

Mais elle était peut-être à côté, là où il y a maintenant une arcade où l’on s’occupe de développement personnel. A l’angle de la rue Saint Victor, en face du Café des Négociants qui existait déjà, une autre épicerie et là où il y a maintenant un magasin de vêtements pour enfants il y avait une boucherie. Hélas, il m’est difficile de me souvenir de toutes les arcades mais il est vrai que beaucoup d’arcades ont été créées à Carouge là où il y avait des habitations au rez de chaussée et que, bien sûr, il n’y avait pas de cabinet de physiothérapie, pas du bureau d’assurances, pas de salon de toilettage pour chiens, pas d’agence de graphiste, pas de magasins vendant des objets orientaux.

Toutes les arcades étaient en relation avec les activités et les besoins quotidiens.


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Interview par Ardan Michael Blum pour le SITE WEB DES SENIORS A GENEVE


SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE 
PAR MME. GEORGETTE GRAFF

C’est des rues de la Vieille-Ville dont je vais vous parler. Elles évoquent pour moi les souvenirs de mon enfance : je passais tous les jours dans la rue Etienne-Dumont (anciennement rue des Belles- Filles… tout un programme!) pour me rendre à l’école brechbühl… Quelques commerçants avaient leurs boutiques dans cette rue: ce qui lui donnait une certaine animation.

Je me souviens du magasin de Monsieur Tchin-ta-ni, « un chinois authentique » réfugié à Genève au début du siècle dernier et qui vendait du thé, toutes sortes de thés… ( actuellement ce commerce est installé au bas de la rue Verdaine ). Ma mère achetait son thé chez Tchin-ta-ni et je continue cette tradition.

D’autres rues dont les noms chantent encore à mes oreilles, me reviennent en mémoire : la rue Chausse-Coq où un boulanger avait pignon sur rue, on s’y achetait pour quelques sous de « brisures » … Côté place du Bourg-de-Four, il y avait la papeterie Jossaume où l’on se ravitaillait en cahiers, gommes et crayons. Près de là, la librairie Jullien qui survit dans un cadre désuet à la multiplicité des librairies de notre ville…

Du Bourg-de-Four on prenait la rue des Chaudronniers avec ses commerces d’antiquaires et une célèbre confiserie-pâtisserie « Cavillier » (si ma mémoire est bonne). On passait devant la prison Saint-Antoine qui nous impressionnait quand on était enfant… et on arrivait sur la promenade Saint-Antoine qui domine le boulevard d’où part chaque année le 11 décembre le cortège de l’Escalade si cher au cœur des genevois!


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MEMOIRES D’OUTRE-JEUNESSE
PAR MME. EDMÉE VUILLEUMIER

Etant née à Vallorbe (Vaud), ce n’est que depuis l’âge de 18 ans que j’ai appris à connaître Genève. De part mes études de nurse au Préventorium de la Chapelle à Carouge, j’ai commencé à rayonner dans la ville mes jours de congés avec des amis.

Ensuite, après 18 mois : stage de 1 mois à la rue Henry Mussard, chez un juge de paix pour un premier enfant ; puis études finies, je suis allée dans plusieurs familles genevoises pour soigner des enfants de tous âges et ceci dans différents quartiers de la ville : à nouveau chez le juge Maître Pasquier, cette fois chemin des Cottages pour un deuxième enfant et soigner Monsieur. Puis deux fois chez le Docteur Hugo Oltramar. Deux très bonnes familles ! Puis au plateau de Champel dans deux familles différentes. Rue Sénelier, trois fois cher le Docteur J.Magnin, dentiste, une famille très sympathique (et où j’ai eu le bonheur de connaître mon mari qui travaillait avec le Docteur). Rue des Granges, chez les grands-parents d’un bébé ayant de l’eczéma. J’y ai passé le Nouvel-An, seule, avec une petite… toute petite… tarte.

Restée un mois là, je suis partie pour Valeyre-sous-Rances dans la même famille, avec en plus leur fille qui avait trois enfants. Ce fût très dur : habitant l’annexe, je devais aller chercher l’eau chaude avec des seaux dans la maison-mère et les transporter dans la baignoire par une grande rampe d’escaliers. Les enfants : très pénibles.

Nous prenions les repas à la grande maison. Si j’étais à table, on parlait anglais devant moi et si j’étais avec la cuisinière et la femme de chambre à la cuisine ( ce que je préférais de beaucoup ), nous avions la 3ème coulée du café, ou du tilleul pour tout petit-déjeuner !

Contente de ne pas devoir rester trop longtemps ! ( Le fils est devenu un grand médecin au HUG ! ).

Rue Adrien-Lachenal dans une charmante famille pour deux filles adorables et avec qui je suis restée très amie.

Avenue de France : la pire expérience. Toutes les portes de l’appartement fermées à clé ; lorsque je sortais avec le bébé, la fille aînée (5 ans) m’accompagnait et la mère lui disait : « tu surveilleras Mademoiselle ». Lorsqu’ils sortaient le soir, Madame me disait : si vous avez faim, il y a un œuf dans le frigo !!! La lessive-layette se faisait au savon noir et je dormais sur un matelas enfoncé !

Une très bonne place à Pregny chez le ministre du Mexique qui avait adopté deux enfants après la guerre civile d’Espagne. Ils avaient 8 et 2 ans. Le petit m’appelait : maman.

Je suis restée 8 mois et malheureusement la guerre a été déclarée. Nous étions les derniers à passer la frontière venant de l’école hôtelière de Thonon. La famille repartait par la suite au Mexique et voulait m’emmener avec elle. Mes parents, vu la situation, n’ont pas voulu que je parte. Séparation très triste, le petit ne me lâchait pas et criait : maman, maman, en me serrant par le cou. Inutile de dire dans quel état j’étais ! Puis pour terminer je suis allée à la route Florissant, pour soigner trois enfants ; très bonne place aussi.

Après avoir soigné 56 enfants en privé, je me suis mariée et depuis j’ai toujours habité les Eaux-Vives : 17 ans avenue du 31 décembre et depuis 45 ans, je suis à l’avenue Pictet de Rochemont (hélas seule depuis 7 ans et demi). Quartier ou je me plais beaucoup : très vite en ville, près du lac et des Parcs, endroit que je ne pourrai pas quitter et j’espère y rester jusqu’à la fin de mes jours.


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LES SÉFARADES A GENÈVE
PAR MME. IRMA MAZLIAH

Mon mari est venu à Genève en 1908; il était l’un des premiers Séfarades. Il n’y avait pas encore la Communauté séfarade, il y avait juste quelques familles qui habitaient la rue du Cendrier et la rue de Etuves : les familles Lévy, Seni, Gérson, Sultani, Benaroya et Vaëna.

A l’époque, la politique en Turquie était très instable. Les Juifs qui avaient des moyens, les banquiers, les producteurs de céréales, les propriétaires de magasins de tapis d’Orient, les antiquaires, etc., sont restés en Turquie. Les plus pauvres sont partis en Palestine.

Les parents de mon mari ne gagnaient pas leur vie en Turquie. Par exemple, il fallait envoyer les enfants à l’école et ils n’avaient pas assez d’argent. Alors, Mr Seni, qui vivait déjà en Suisse et qui allait et venait en Turquie, leur a dit de venir ici parce que l’école était gratuite. On pouvait aussi acheter des meubles et payer à crédit, etc. Le père de mon mari était ébéniste, un métier apprécié à Genève. Mais même à l’époque c’était déjà difficile de trouver un poste de travail, et pourtant il savait bien parler le français.

Moi, je suis venue à Genève en voyage de plaisir, pour passer deux mois chez ma tante, Mme Ariel, en 1928. Ma sœur s’est mariée avec Mr Adato, qui était un Séfarade pratiquant. Puis, je suis retournée en Turquie.

Ma belle-mère, quand elle a entendu qu’il y avait une jeune fille à marier, est vite venue me chercher. Et je suis revenue à Genève en 1931, pour passer des vacances une deuxième fois. Je me suis tout de suite fiancée, et mariée en 1932. Mon mari a dit la première fois : ” Je veux sortir avec vous, mademoiselle, si je vous plais “. Et ça a été comme ça, j’ai été quarante ans mariée et j’ai eu deux enfants, un garçon et une fille.

– De la publication « Acuerdos » par Mme Ida Dery
du service social de la C.I.G


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EN DEHORS DU GROUPE 
PAR M. ROBERT CARMONA

Nous avions des relations avec des amis non-juifs, cela était fréquent. On ne vivait pas en ségrégation. Nous allions dans les mêmes écoles, soit l’école primaire, soit au collège. Ils savaient que j’étais juif et ça se passait très fraternellement. On s’assimilait assez vite, surtout ceux qui étaient nés à Genève; on imitait en somme les autres camarades. Je ne peux pas dire qu’il y avait de grandes différences.

En général, la population de Genève n’était pas du tout antisémite. Il y a eu un mouvement antisémite, marginal, c’était une poignée d’antisémites, un petit groupe mais qui faisait beaucoup de bruit. C’étaient les années 1929-30 jusqu’à la deuxième guerre.

Il y avait beaucoup de grands commerçants au centre de la ville qui étaient juifs, qui avaient les plus grands magasins. En 1932, un peu avant l’avènement de l’hitlérisme en Allemagne, ce petit groupe, dirigé par Georges Oltramare et encouragé par les Allemands, fit une manifestation dans une salle à la rue de Carouge. Ils disaient que les Juifs c’était le malheur de Genève. Et cela a excité un peu la jalousie d’autres commerçants. C’était lié en même temps au racisme et à la xénophobie.

Cette manifestation n’était pas seulement contre les Juifs, mais aussi contre les partis de gauche, comme a fait Hitler en Allemagne. Ce petit groupe avait un bulletin, un petit journal qui paraissait toutes les semaines, ” Le Pilori “, avec des slogans antisémites. Alors, cette manifestation a provoqué une contre-manifestation. Les socialistes sont descendus dans la rue pour manifester devant la salle de la rue de Carouge. Il y avait une telle tension, que le gouvernement avait fait venir des recrues d’une autre région de Suisse.

Lorsque la contre-manifestation s’est dispersée, ils ont tiré sur la foule, on a cru que c’était la révolution à Genève. Il y a eu 13 morts et plus de 60 blessés. Alors, après ce massacre, l’opinion publique s’est tellement révoltée que c’est les socialistes qui sont venus au pouvoir et qui ont gouverné pendant quatre ans. (….)

Les Ashkénazes et les Séfarades s’ignoraient un petit peu. Les contacts entre eux se sont multipliés lors de la fondation de la Jeunesse Israélite de Genève (JIG), dans les années 1920-25, dont les membres étaient des jeunes de 17 à 20 ans et plus.

On y organisait des spectacles et des soirées, et les activités récréatives se sont beaucoup développées. Les jeunes, qui étaient plus mélangés que les adultes, se retrouvaient dans une société unique qui réunissait toutes les tendances : il y avait les Séfarades, les Ashkénazes d’origine alsacienne, ceux qui venaient d’Allemagne ou de Pologne et puis il y avait même les strictement orthodoxes.

Les enfants de toutes les familles juives entraient dans ce club de jeunesse qui se trouvait à la place de la Fusterie. Les adultes avaient un contact au niveau professionnel car il y avait des commerçants séfarades et des commerçants ashkénazes qui faisaient des échanges.

Une filiale de la JIG a été le “Club Sportif Hakoah “, masculin, où l’on pratiquait surtout le basket-ball. Il reste une dizaine de vétérans de 70 à 85 ans qui se retrouvent chaque semaine à la place du Molard.

Les Ashkénazes parlaient le yiddisch ; la différence de langue était bien marquée. Ils avaient leurs usages culinaires qui étaient aussi différents. Dans leur rituel religieux, il y avait certaines parties du culte qui étaient différentes.

Par exemple, chez nous, les offices se célébraient moitié en hébreu, moitié en espagnol, on mélangeait les deux langues. C’était un peu comme si on était en Turquie. Quand on faisait les enchères pour la Torah, ce n’était pas en francs. Ils disaient : ” mil dam por Sepher Rishon “. ” Dam ” c’est un terme en espagnol; ” por ” ça veut dire pour en espagnol, et ” Sepher Rishon ” c’est l’hébreu. Les Ashkénazes mélangeaient des termes en hébreu et des termes en allemand.

Dans les années 60, j’étais secrétaire du Groupe Fraternel Séfarade. Nous préparions le terrain pour la fusion de la communauté ashkénaze et la séfarade, que promouvait Mr Victor Fissé, président du Groupe. Les Séfarades n’étaient pas nombreux. On était 60 familles, cela représentait au maximum 300 personnes, tandis que les Ashkénazes étaient au moins 600 personnes. Il y avait à l’époque 1.000 Juifs à Genève.

– De la publication « Acuerdos » par Mme Ida Dery


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LA SOCIÉTÉ DES DAMES SÉFARADES
PAR MME. SIMONE SKOLNIK-ARIEL

En 1925, Mme Pinkhas a fondé la Société des Dames Séfarades (ou sépharadites), et je pense que tout de suite après est venue ma mère, Claire Ariel, qui en a été présidente pendant de longues années, jusqu’en 1956-57.

Ma mère aurait continué plus longtemps, si elle n’avait pas eu des ennuis de santé. Souvent, elle devait prendre des médicaments pour aller aux réunions de la société et de l’ouvroir, qu’elle a fondé, où l’on cousait des habits pour les envoyer en Israël. Cette activité était encore plus importante pendant la deuxième guerre mondiale.

Nous avions même la satisfaction de recevoir des lettres émouvantes de nos filleuls. L’ouvroir fonctionnait encore en 1991. Il n’a jamais failli, bien que la société n’existe plus.

En tant que présidente de la Société des Dames Séfarades, ma mère envoyait un cadeau de mariage, de Bar Mitsvah ou de fiançailles, et écrivait toujours un poème. Elle a écrit, je pense en collaboration avec Mr Habib, toute une revue de Pourim dans laquelle presque tous les Séfarades jouaient.

Moi-même, j’étais aussi membre de la société. J’allais aux réunions qu’on faisait une fois par an et j’ai contrôlé les comptes de la société de temps en temps. Chaque année il y avait deux dames qui vérifiaient la comptabilité.

Les dames séfarades faisaient partie aussi d’autres sociétés, où la majorité d’entre-elles étaient des Ashkénazes, comme “Les Dames de l’Est “, “Les Filles d’Esther” ou alors “La Wizzo “.

Ces sociétés organisaient des bridges, des soirées de bienfaisance, des activités pour récolter de l’argent pour Israël. Nous, on avait recours à nos bons offices dans ce qu’on pouvait faire.

On faisait des soirées au Grand Casino, on louait la salle où l’on organisait des représentations de théâtre. On jouait des pièces écrites en partie en judéo-espagnol, dont les personnages étaient inspirés de Turquie. Par exemple, le casamentiero, le marieur. A l’époque, les mariages se faisaient aussi beaucoup comme ça, puisque la communauté était petite. Il fallait donc créer des liens…

Pendant des années, Mme Mazliah s’est dévouée pour la Société des Dames Séfarades. En 1991, étant fatiguée, personne n’ayant voulu reprendre la responsabilité, la société s’est dissoute. Je pense qu’il y a deux ou trois personnes qui sont encore actives.


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LA VIE PROFESSIONNELLE
PAR MME. SIMONE SKOLNIK-ARIEL

Mes parents n’ont pas trouvé de travail pendant les huit premiers mois. Je pense que tous ceux qui sont arrivés à cette époque n’ont pas eu la vie facile. Après avoir épuisé leur petit capital, mes parents ont essayé de vendre les quelques tissus et le matériel de broderie qu’ils avaient pu ramener de France. Et ils ont commencé à faire ce qu’ils faisaient en France, ” la chine “. Mon père, qui brodait lui-même, ce qui était rare pour un homme, allait vendre sur le marché à la place de l’Ile, des broderies, des tissus, des dentelles, des choses que les femmes de l’époque, très coquettes, prisaient plus qu’aujourd’hui.

Si des dames lui demandaient un certain dessin, il pouvait composer lui-même. Mon père était peut-être le seul à vendre du tissu au mètre et ses dessins de broderie. Plus tard, trois ou quatre ans après, il tenait un petit magasin à la place (de) Bel-Air, qui s’appelait ” Au Paradis des Dames”

L’AMBIANCE

Je sais que certains dimanches, mon père allait jouer aux cartes, ou discuter avec des amis à la société qui s’appelait Bikour Holim , c’était une société de bienfaisance.

Autour de 1920, ma mère a tout de suite eu des réunions avec des dames d’ici, comme Mme Gérson ou Mme Sultani. Parfois cela se passait chez ma mère. En été on allait prendre l’air, on était des dizaines, souvent au bord du lac, à la Gabiule, près de Corsier. Il y avait un restaurant où l’on pouvait emporter ses borekas, ainsi que d’autres spécialités séfarades, et même éplucher des concombres, à condition évidemment de prendre les boissons du restaurant.

On pique-niquait beaucoup entre 1920-30, presque tous les dimanches. On faisait des réunions, on jouait, on chantait. Ma mère, qui avait appris beaucoup de poésies en Turquie – elle avait été à l’Alliance Israélite, elle savait bien le français et aimait bien réciter – voulait mettre un peu d’animation. Alors, elle faisait pour ces dames de petites parodies sur les fables de La Fontaine. Elle brodait, elle faisait des choses en rapport avec les dames d’ici. Et ces dames étaient contentes d’avoir quelqu’un qui les dirigeait un peu dans les divertissements.

– De la publication « Acuerdos » par Mme Ida Dery


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LA VIE QUOTIDIENNE 
PAR M. ROGER KEHRER

Avant de poursuivre dans mes souvenirs personnels, je pense qu’il est bon d’exposer la situation générale à Genève et les habitudes de vie de ses citoyens, si différents des usages actuels. L’éclairage public électrique était relativement récent puisque datant de 1896. La première Installation fut faite pour le Pont de la Coulouvrenière, précisément inauguré pour l’Exposition Nationale la même année.

Si l’on en juge par une photo de la rue de la Corraterie de 1906, l’électricité n’a pas progressé immédiatement à la vitesse de la lumière, puisque l’on voit encore dans cette rue un réverbère à gaz avec des lampes électriques. Dans les maisons, les innombrables appareils dont nous disposons actuellement pour notre confort étaient encore inconnus et l’électricité servait essentiellement à l’éclairage. Et encore, je me souviens très vaguement de lampes à pétrole et de « becs Auer », ces manchons à gaz pour éclairer.

D’ailleurs, des années plus tard, lorsque le bavard que j’étais fatiguait trop mes parents, on me disait gentiment: « Allons, ferme ton bec, Auer ». Ajoutons que les « poires » (ampoules électriques) coûtaient très cher, soit près de 2 francs, et duraient moins longtemps que maintenant, et que l’on éteignait soigneusement la lumière en sortant d’une pièce pour économiser ampoules et courant Je me souviens de notre premier fer électrique à repasser — une nouveauté coûteuse et merveilleuse — remplaçant les deux ou trois fers ordinaires utilisés jusqu’alors, que l’on mettait à chauffer dans le four du fourneau potager.

Je n’aurais garde d’oublier de mentionner les fers à repasser plus hauts, comportant un logement dans lequel on mettait des braises et qui restaient aussi chauds plus longtemps.

A noter que des braises servaient également à remplir les bassinoires (sorte de poêles à long manche, avec un couvercle) que l’on utilisait le soir pour chauffer les lits. Ces deux Instruments ne se retrouvent plus guère que chez les antiquaires …

Poux les lits, on pouvait aussi mettre des briques vernissées à chauffer préalablement dans le four et les déposer ensuite, enveloppées d’un lainage, entre les draps.

Le potager figurait à l’époque dans chaque ménage, servant à la cuisson des aliments, bien sûr, et à la fourniture d’eau chaude pour la vaisselle et même les bains, que l’on prenait dans un grand baquet posé sur le sol de la cuisine, car les salles de bain n’existaient alors pratiquement pas dans l’habitat courant.

Pour l’eau chaude donc, dans le côté du fourneau, était installée ce qu’on appelait la bouillotte, près du four et du foyer. Cette bouillotte, contenant entre 5 à 10 litres, était munie à sa base d’un petit robinet (sans sécurité), cause de bien des brûlures pour les petits enfants qui passaient à sa portée!

Inutile de forcer la note pour dire ce que représentait pour la ménagère l’entretien du potager (bois et charbon) et son aspect extérieur. Mais oui, car on le cirait, en quelque sorte, avec un produit spécial afin de lui donner du noir et du brillant, et l’on faisait reluire aussi les poignées de cuivre ou de laiton avec le « Sigolin », qui existe encore je crois. Bien des ménagères consacraient même une journée spéciale à ce travail, qu’on appelait « faire les jaunes » à Genève.

Cette expression avait beaucoup intrigué ma mère à son arrivée à Genève venant de France, car en entendant une voisine lui en parler, elle avait cru qu’il s’agissait d’une spécialité culinaire ! Donc, le jour en question, or frottait et astiquait le potager, les espagnolettes des fenêtres, les poignées de portes des chambres et de l’entrée, les casseroles, les appareils d’éclairage, etc. … car tout cela était en cuivre ou en laiton.

Pendant la saison froide, le potager restait allumé en permanence, jouant le rôle de chauffage pour l’appartement, toutes portes de communication ouvertes.

Quand on estimait qu’il « faisait bon », on pouvait jouir de quinze bons degrés! Dans des logements d’un confort supérieur, on trouvait le gros poêle d’angle en céramique (qu’on appelait « poêle catelles » à Genève), lequel dispensait dans les pièces avoisinantes sa chaleur toute relative par des ouvertures grillagées de côté. Encore plus perfectionné, quelques appartements disposaient d’un vrai chauffage central avec radiateurs, mais alimenté par les soins du locataire qui devait entretenir son fourneau. Bien entendu, le chauffage central s’est ensuite rapidement répandu et, vers la fin des années trente, il était généralisé.

Un mot encore sur l’électricité: dans mon enfance, on ne trouvait pratiquement pas de prises murales; à quoi auraient-elles servi? Alors pour le fer électrique ou un très éventuel autre appareil, on utilisait ce qu’on nommait une « douille voleuse » c’est-à-dire l’équivalent d’une actuelle fiche double, mais qui, au lieu de s’enfoncer dans les deux trous d’une prise de courant, se vissait comme une ampoule sur la douille installée au bout du fil descendant du plafond. On dévissait d’abord l’ampoule, on vissait à sa place la « douille voleuse » – qui permettait d’y introduire une fiche de chaque côté — et l’on réintroduisait l’ampoule dans le pas de vis de la douille. Il faut encore préciser que le fil descendant du plafond était assez long (deux bons mètres au minimum) et était replié sur lui-même en passant par un contrepoids en porcelaine rempli de grenaille de plomb, avec un ressort, ce qui permettait d’allonger ou de raccourcir le fil, donnant une certaine liberté à l’appareil pour éclairer, par exemple un coin de la pièce.

Evoquons maintenant une corvée de l’époque: la lessive. Tout un événement! Elle se faisait au sous-sol, où était installée la chambre â lessive, avec un gros fourneau servant à chauffer un chaudron dans lequel on faisait bouillir le linge, avec du savon — et plus tard de la poudre à lessive — ainsi que — selon les cas — du « bois de Panama » ou de petites boules de « bleu » pour raviver le blanc du linge. A la place du simple chaudron, il y avait aussi des lessiveuses, soit d’énormes marmites zinguées, dans lesquelles était placé un tuyau vertical reposant sur un socle bombé et perforé au fond du récipient, comme dans certaines cafetières actuelles. L’eau circulait ainsi constamment, se déversant sur le haut du linge, évitant à l’utilisatrice de brasser sa lessive. Songez qu’ensuite venait inévitablement le rinçage, qui n’était pas une mince affaire …

On pense bien que l’ensemble des opérations pour la ménagère, qui avait en plus son fourneau potager à entretenir, les repas et le ménage à faire, représentait une énorme journée de travail. Le jour de lessive, il valait mieux pour le mari se faire aussi discret que possible et pour les enfants se montrer un peu moins turbulents que les autres jours!

Mais la fête n’était pas finie … La lessive rincée et essorée par de robustes torsions, il fallait la mettre dans une grande corbeille à linge en osier et … la monter jusqu’au galetas où était généralement disposé le « grenier d’étendage », c’est-à-dire simplement des fils tendus entre les murs. Quant j’étais petit, rares étaient les immeubles disposant d’un ascenseur.

Les premiers de ces engins n’étaient d’ailleurs pas électriques, mais hydrauliques. On entrait dans la cabine et on choisissait son étage en tirant sur le câble qui traversait la plate-forme de haut en bas! On peut imaginer quel plaisir c’était de monter 4, 5 ou 6 étages avec sa corbeille de linge humide. Et aussi imaginer le nombre de paniers de bols et de seaux de charbon, qui étaient nécessaires presque chaque jour pour les besoins du ménage (cuisine et chauffage) et qu’il fallait aller chercher à la cave et monter dans l’appartement.

Revanche de la maîtresse de maison: c’était le travail du mari et, lorsqu’ils étaient assez forts, des enfants. D’ailleurs, par commodité, mon père avait confectionné une énorme armoire avec une trappe en bas, baptisée « charbonnière » qui trônait dans la cuisine (elles étaient assez grandes à cette époque !) pour stocker le charbon, soit 3 ou 4 sacs que le marchand de charbon montait à l’appartement au lieu de le verser à la cave, où se livrait le reste de la commande.

On commandait le combustible (l’été, à cause du prix plus bas) une ou deux fois pour l’hiver, et le livreur, un sac de gros jute sur la tête, trimballait ses sacs de 50 kg de son char à la cave du client. Une anecdote à ce sujet: Mes parents, jeunes mariés, devaient commander pour la première fois leur combustible, et il s’agissait de 200 kg.

N’ayant aucune expérience, ces 200 kg leur parurent une montagne et, en prévision de la livraison, ils débarrassèrent pratiquement leur cave et demandèrent encore à une voisine s’ils pouvaient faire déposer une partie de leur charbon chez elle ! Vous devinez leur tête lorsqu’on leur amena les quatre malheureux sacs demandés …

En combustible d’appoint, certains ménages (dont nous) utilisaient encore les vieux papiers, journaux, cartons, etc. On déchirait le tout en petits morceaux, on mettait à tremper quelques jours dans tous les récipients possibles, on mobilisait ensuite toutes les forces disponibles pour pétrir de grosses boules genre boules de neige et on les mettait à sécher. On économisait ainsi un peu de charbon pour « tenir le feu ».

L’eau courante était installée presque partout; ce n’était pas la préhistoire tout de même! Mais les salles de bain étaient encore rares et souvent équipées de chauffe-eau à gaz assez rudimentaires, avec un système à veilleuse, cause de nombreuses et dangereuses explosions.

D’ailleurs, si l’on préférait renoncer à la veilleuse et l’éteindre, le danger était pratiquement aussi grand lors du ré-allumage … Que dire encore du confort? Il n’y avait pas de réfrigérateur, sauf dans les magasins qui en avaient besoin (boucheries, laiteries, cafés, etc.) et l’on gardait les aliments dans un froid tout relatif à l’intérieur d’un petit placard bas installé sous la fenêtre de la cuisine, rafraîchi par une ouverture grillagée aménagée dans l’épaisseur du mur extérieur.

On peut penser qu’en été ce n’était guère efficace. En hiver, on utilisait le froid naturel en posant les aliments sur le rebord extérieur de la fenêtre, mais gare aux coups de vent et aux bouteilles gelées!

Si l’on avait absolument besoin de glace, Il fallait aller en acheter un morceau au café ou chez le boucher, ou surveiller le passage de la voiture des « Glacières de Genève », attelée d’un cheval, qui distribuait à ses clients habituels ses gros blocs de glace taillés dans de longues barres d’environ un mètre de long et 20 cm. d’épaisseur, et obtenir du livreur complaisant un morceau pour son usage personnel. Et nous autres, les gamins, guettions aussi cette même voiture pour attraper — au vol ou même sur le sol — un éclat de glace lorsque le livreur utilisait son petit pic. Nous le sucions avec délice. Quelle gourmandise en été!

Pour les particuliers, le téléphone restait encore une exception. En 1920, il n’y avait que 9000 abonnés environ, et bien entendu en réseau non automatique, c’est-à-dire que l’on devait encore demander le numéro désiré au standard, où de nombreuses « demoiselles du téléphone » (comme on les appelait) jonglaient avec leurs fiches de connexion pour vous mettre en ligne avec votre correspondant. Le premier téléphone public fut installé à la place Longemalle en 1929.

La radio en était à ses débuts. Les plus « scientifiques » des gamins bricolaient, avec quelques fils, une boîte à cigare fournie par leur père, et quelques mystérieuses résistances, un poste récepteur à galène — probablement l’ancêtre du transistor — qui crachotait une bouillie de sons et couinements divers, au milieu desquels, de temps à autre et par miracle, on pouvait discerner quelques mots ou trois notes de musique! Et c’était alors la jubilation et le triomphe du bricoleur entouré de ses admirateurs …

Qu’en diraient nos cibistes d’aujourd’hui? Comme chacun le sait, cette invention s’appelait la T,S.F., la télégraphie sans fil. A ce propos, je ne peux résister à citer, pour mes contemporains blasés par la progression fulgurante de la technologie, quelques « prophètes » dont la prose montre à quel point cette fin de XIXème siècle et ce début du XXème siècle pouvaient paraître invraisemblables par leurs multiples inventions: « Un certain M. Marconi affirme qu’il a mis au point un télégraphe sans fil, qu’il n’est pas impossible de retransmettre la voix humaine à distance et sans fil ! Est-ce un farceur, est-ce un tricheur? En tout cas, cette invention, si invention il y a, sera oubliée avant l’hiver prochain » (Morning Post, 1896).« Qui sera assez fou pour croire que l’on pourra retransmettre des image animées à longue distance? La télévision est irréalisable et inutilisable elle ira bientôt rejoindre la quadrature du cercle dans l’arsenal des folie évanouies » (Lloyd Georges, Daily Express, 1925). « M. Louis Lumière veut nous faire croire que son « cinématographe» pourrait divertir, à la rigueur même remplacer des spectacles et la vie de artistes sur scène. Que tout cela est fâcheux et ridicule! Pourquoi ne pas interdire aussitôt ces vagues inventions qui, de toute façon, disparaissent au bout de quelques mois ? » (Ludovic Halévy, propos recueillis par le Journal de Genève, 1895).

La T.S.F. me rappelle un souvenir personnel, celui du combat de boxe Dempsey (USA) – Carpentier (France) pour le championnat du monde qu se déroulait en Amérique en 1921. Nous autres gamins – et aussi beaucoup d’adultes — étions enthousiasmés par l’élégant boxeur français (champion d’Europe toutes catégories) et espérions sa victoire. Nous écoutions le reportage par T.S.F. sur la place des Alpes, mon quartier d’alors, grâce aux informations d’un poste récepteur (un vrai!) installé dans un logement voisin, fenêtres ouvertes. Je ressens encore — aussi incroyable que cela puisse paraître — notre déception à l’annonce de k défaite de notre idole …

On trouvait déjà en plus grand nombre des phonographes à pavillon, qu’il fallait remonter à la manivelle pour écouter les grands disques de cire 78 tours, avec la jolie étiquette représentant un chien écoutant la voix de son maitre (« His master’s voice »), la seule marque vraiment connue à ce moment-là. La photographie devenait populaire, grâce aux boxes Kodak la rendant enfin accessible à toutes les bourses.

Les rues étaient libres, ou à peu près, pour nos jeux, car on ne voyait encore que peu de véhicules: quelques camions à chevaux (ceux de Sauvin-Schmidt ont perduré au milieu du trafic jusqu’aux années cinquante !), les camionnettes électriques de la Poste, celles de la « Tribune » et de chez « Naville ». et aussi les « Glacières » dont j’ai parlé plus haut.


GENÈVE 
PAR M. GEORGE KOLLER

Je me rappelle qu’entre 1925 et 1930, il y avait dès le matin un crieur, ou avec une trompette,il vendait pour 20 cts. une poignée de journaux illustrés, puis il y avait également un berger qui venait avec ses chèvres et vendait également pour 20 cts. (presque ½ litre de lait). Il y avait le vitrier qui passait avec plusieurs vitre sur son dos et criait « vitrier » qui passait avec les étameur qui remettait les service en fer comme neufs.

En un mot s’était une époque, plusieurs métiers manuel !


PHOTOS DES SENIORS A GENEVE :


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